Pascal Aumasson, conservateur du musée des Beaux-arts de Brest :

« Un élément tout à fait significatif de l’approche d’Anne Emmanuelle Marpeau c’est une totale empathie de l’artiste vis à vis des communautés maritimes de pêcheurs. Dans son travail, le bateau est d’une importance secondaire. Ce qui prime ce sont les gens, les foules. On pourrait croire au premier abord qu’elle montre dans ses ex-voto la mort, le naufrage. A bien y regarder, elle représente majoritairement des scènes qui grouillent de vie. La foule, le sujet, l’humanisation du sujet, c’est Anne Emmanuelle Marpeau.

Il y a aussi, et c’est quelque chose de plus récent me semble-t-il dans son répertoire, une approche totalement rêvée, totalement onirique du ciel, de la mer, de l’horizon maritime. Quelques fois, d’ailleurs, ces trois éléments se mêlent profondément, grâce à des artifices artistiques qui sont organisés autour de bleus absolument sublimes et d’un raffinement exceptionnel.

Si l’on cherche à rattacher son travail à un certain nombre d’usages populaires anciens, le fait d’apposer systématiquement une vitre sur ses boîtes, c’est se comporter comme avec une chambre photographique, qui va diaphragmer une scène, et permettre de l’explorer en détail. Ses scènes grouillent de personnages, et l’apposition de la plaque de verre c’est pour que tout ceci ne s’échappe pas, surtout pour que tout ceci soit fixé pour longtemps.

Les boîtes d’Anne Emmanuelle ont quelques parentés avec les ex-voto, ou les sous-verre, mais elle s’est détachée de cet usage traditionnel pour en faire un élément de sa création artistique personnelle. Rattacher son travail à un courant artistique est difficile, elle fait son chemin individuel, en artiste libre. Il y a des éléments du surréalisme, c’est indiscutable, par instants, mais pas de façon régulière. Il y a un pays des merveilles à l’intérieur de ses boîtes, parce qu’il y a une imagination active, très agissante, et d’autant plus spectaculaire et perceptible par nous qu’elle est très colorée. Quand elle représente des scènes oniriques, des abysses sous-marins, on pourrait croire qu’il s’agit d’abysses pour les défunts, mais elle a une façon d’amplifier, de magnifier le bleu de l’océan, le bleu du ciel et de les organiser ensemble…

Les abysses marins d’Anne Emmanuelle Marpeau ne sont pas des abysses funestes. Ce sont les lieux de ses rêves, de ses songes, et la plaque de verre qui clôt la boîte fixe son rêve. »

Propos recueillis par Christophe Rey, réalisateur.