Questions & réponses
Christophe Rey / Anne Emmanuelle Marpeau

Comment avez-vous commencé à faire des ex-voto ?

— Enfant j’étais très proche de mon grand-père marin pêcheur. Il faisait la langouste dans le Raz de Sein. Avant d’avoir une jambe de bois, il était dans l’équipage du canot de sauvetage. Il ne parlait jamais. Je montre peut-être dans mes boîtes tout ce qu’il ne racontait pas. Il y a 25 ans j’ai choisi de revenir à Audierne, dans le Finistère, là où il vivait. Je voulais vivre et travailler sans dépendance.

Quels matériaux utilisez-vous ?

— Du bois, du coton, du tissu, du papier. Les mêmes matériaux avec lesquels on faisait autrefois les bateaux en bouteille.

Votre travail est très minutieux, combien de temps cela prend de créer une pièce ?

— Le temps n’a pas d’importance. Seule compte la fidélité à ce qui nous traverse. Il y a des choses qui doivent être dites.

Quelle place tiennent dans votre travail les voyages que vous faites pour découvrir de nouvelles cultures maritimes ?

— Oui il y a les voyages, la vie en mer, les longues heures sur les rivages. Mais ma vie, c’est travailler dans l’atelier. Ici tout coule de source. Je ne cherche pas l’inspiration, je l’ai. Je sais ce que j’ai à faire. Ca n’a rien à voir avec le bonheur, mais il y a quelque chose de l’harmonie.

Dans vos boîtes les plus oniriques, la vie et la mort se côtoient…

— Les gens de mer vivent avec le danger.

Le travail des gens de mer fut et demeure une lutte âpre et quotidienne. L’homme, parce qu’il s’enfonçait dans le noir de l’abîme, touchait en même temps aux portes du ciel. Parfois dans une vie, par delà le tumulte, le ciel soudain s’éclaircit, balayé par un vent puissant.
Plus rien n’existe alors que le bonheur intense d’être en mer, de retenir son souffle à l’instant du lancement d’un bateau investi d’espoirs, être dans la paix d’un mouillage sûr, en attendant la renverse, élever la main dans le vent vers le goéland qui vous accompagne.
Instants fugaces, qui transforment l’éphémère en éternel. Flux et reflux, alternance perpétuelle de la vie et de la mort. Avec le temps, ne plus retenir de la vie que sa dimension poétique.
Garder vivants les récits de ceux dont la vie est liée à la mer. Ceux dont elle est le milieu, le destin, la fatalité. La mer est d’une présence inexorable.
Que leurs récits deviennent pure liturgie, fervente et grave, et disent quelque chose du mystère d’être.

Anne-Emmanuelle Marpeau.
catalogue d’exposition « Such is a sailor’s fortune », Dowling-Walsh gallery, Rockland, Maine, 2010.